L’Équipe, le 1er février 2019

(source L’Équipe)

[…] Aujourd’hui, au terme d’un processus rocambolesque, deux Vosgiens s’apprêtent aussi à y organiser en juillet prochain un stage de tennis de table[…]

Pyongyang, le retour de la diplomatie ping-pong ? 

Un stage s’adressant à des licenciés français de tennis de table est organisé en juillet dans la capitale nord-coréenne. Le fruit d’une rencontre improbable.

Ils sont déjà cinq. Cinq curieux inscrits au premier stage de tennis de table organisé par des Français en Corée du Nord. Une virée de près de dix jours, du 16 au 25 juillet, vendue pour 2 000 euros au départ de Pékin – qui offre le seul couloir aérien possible pour rallier Pyongyang. « On espère une vingtaine de personnes », précise Samuel Mater, l’un des initiateurs de ce projet s’adressant à tous les pongistes licenciés, français ou européens. 

Jusqu’à présent, une société canadienne s’était aventurée sur le créneau en proposant à des hockeyeurs amateurs de rajouter aux visites standards une rencontre avec l’équipe nationale de Corée du Nord. Mais la démarche du Vosgien n’a rien à voir et découle d’un hasard incroyable, fruit d’une rencontre lors d’un covoiturage. À partir de février 2018, Samuel Mater commence à véhiculer Damien Jamet. Tous deux habitent Saint-Dié mais travaillent à Nancy. Le premier y possède un magasin d’articles de sport, le second est enseignant-chercheur à la faculté des sciences et technologies. À raison de trois trajets hebdomadaires, ils sympathisent. À l’époque, ­Samuel Mater est vice-président du club de tennis de table d’Etival, qui évolue en Pro A féminine. « Damien a enseigné en Corée du Nord, raconte-t-il. Pour blaguer, je lui ai demandé s’il y aurait moyen de faire venir une Nord-Coréenne à Etival. Il a envoyé un SMS à l’ambassadeur qui, dix minutes plus tard, lui répondait pourquoi pas. »

Le 8 mai, les deux compères ont rendez-vous à Paris avec le diplomate. Ils viennent de s’émouvoir des Mondiaux de tennis de table où, censées s’affronter en quarts de finale, les joueuses des deux Corées se sont juste serré la main, obtenant de présenter une équipe unifiée en demi-finales. Le monde a applaudi le geste, puis la médaille de bronze décrochée, se souvenant peut-être qu’en 1991 une Corée unifiée (déjà) avait été sacrée. 

À cette occasion, Mater et Jamet réalisent surtout le niveau des pongistes nord-coréennes. Ils imaginent qu’obtenir l’accord des autorités pour une joueuse de moindre envergure serait un gage de qualité. Elle pourrait profiter de son séjour pour étudier. « Le diplomate nous a regardés sans comprendre : c’est quoi l’intérêt d’accueillir une moins forte, s’amuse encore Samuel Mater. Dès le début des négociations, il a été question de leur numéro 1. » En l’occurrence, Kim Song-i, médaillée de bronze des JO de Rio. Inespéré. 

En juillet, les deux hommes s’envolent pour Pyongyang. Ils y rencontrent des dirigeants, dont un proche de Kim Jong-un. « Une semaine extraordinaire,s’enflamme Samuel Mater. Humainement, ç’a été des échanges francs, honnêtes. On a beaucoup rigolé. » Lui refuse de cataloguer le pays parmi les dictatures, estimant juste qu’il faut se conformer à sa culture. Point de vue discutable. « Ils fonctionnent à la confiance. Si vous respectez les lois, il n’y a aucun problème, insiste-t-il. Et puis, être coupé de tout, sans téléphone, sans Facebook, sans pub dans la rue, c’est un lavage de cerveau qui fait du bien. »Soit. 

Ils découvrent des infrastructures gigantesques, avec plus de tables pour jouer que de poubelles dans les rues de la capitale. Ils formalisent l’échange qui ne coûterait rien, en raison des sanctions de l’ONU. Le 22 octobre dernier, la transaction aboutit. Le visa, la demande de mutation de Kim Song-i sont là. Sauf que le club d’Etival n’honore pas l’engagement et fait capoter l’opération. « Les dirigeants nord-coréens voulaient créer un buzz médiatique, donner une image positive en envoyant celle qu’ils appellent leur joyau, grince Samuel Mater, qui a démissionné de son poste. Ils ont compris qu’avec Damien on n’y était pour rien. » La négociation se prolonge, sans le soutien d’Etival mais à travers une association créée pour organiser ce fameux stage à Pyongyang. 

« En juillet, on prendra contact avec d’autres sports, projette Samuel Mater. La passerelle existe maintenant, on pourrait imaginer faire venir une volleyeuse, par exemple. Je crois très fort à la diplomatie par le sport. » Il évoque un épisode fameux : la visite de pongistes américains en Chine en 1971, prélude à celle du président Richard Nixon en février 1972, à la tournée de l’équipe chinoise et de Mao Zedong aux États-Unis, deux mois plus tard, et enfin au dégel entre les deux puissances. Et si l’histoire se répétait ? 

(Auteur : Céline Nony)

https://abonnes.lequipe.fr/Tous-sports/Article/Coree-du-nord-le-degel-se-fait-via-la-diplomatie-par-le-sport/984391

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